Alors que le théorème des gendarmes est l’outil parfait pour prouver la convergence, le théorème de comparaison est son équivalent pour prouver la divergence vers $+\infty$ ou $-\infty$. L’idée est tout aussi intuitive : si une suite est plus grande qu’une autre qui tend vers $+\infty$, elle est forcément entraînée avec elle vers $+\infty$.
Le théorème de comparaison se décline en deux versions :
- Divergence vers $+\infty$ :
Soient $(u_n)$ et $(v_n)$ deux suites. S’il existe un rang $N$ à partir duquel $u_n \ge v_n$ et si $\lim_{n \to \infty} v_n = +\infty$, alors $\lim_{n \to \infty} u_n = +\infty$. - Divergence vers $-\infty$ :
Soient $(u_n)$ et $(w_n)$ deux suites. S’il existe un rang $N$ à partir duquel $u_n \le w_n$ et si $\lim_{n \to \infty} w_n = -\infty$, alors $\lim_{n \to \infty} u_n = -\infty$.
La Stratégie en 3 Étapes
Pour prouver qu’une suite $(u_n)$ diverge vers $+\infty$ :
- Étape 1 : Trouver une minoration simple. On cherche une suite $(v_n)$ plus simple que $(u_n)$ qui vérifie $u_n \ge v_n$ (au moins à partir d’un certain rang). Pour cela, on « minimise » l’expression de $u_n$ : on remplace les termes qui s’ajoutent par des constantes plus petites, on ignore les termes soustraits, etc.
- Étape 2 : Démontrer que la suite simple diverge. On calcule la limite de $(v_n)$ et on montre qu’elle vaut $+\infty$.
- Étape 3 : Conclure. On applique le théorème de comparaison.
(La stratégie est symétrique pour une divergence vers $-\infty$, il faut alors trouver une majoration simple).
Exemple 1 : Minorer par le terme dominant
Soit la suite $(u_n)$ définie pour $n \ge 1$ par $u_n = n^2 + 3\sin(n)$.
Étape 1 (Minoration) :
Le terme dominant qui semble « tirer » la suite vers l’infini est $n^2$. On cherche à minorer le terme oscillant $3\sin(n)$.
On sait que $\sin(n) \ge -1$, donc $3\sin(n) \ge -3$.
Ainsi, $u_n = n^2 + 3\sin(n) \ge n^2 – 3$.
Nous avons notre suite de comparaison : $v_n = n^2 – 3$.
Étape 2 (Limite de la suite simple) :
$\lim_{n \to \infty} v_n = \lim_{n \to \infty} (n^2 – 3) = +\infty$.
Étape 3 (Conclusion) :
Puisque $u_n \ge v_n$ et que $v_n \to +\infty$, on conclut par le théorème de comparaison que $\lim_{n \to \infty} u_n = +\infty$.
Exemple 2 : Divergence vers $-\infty$
Soit la suite $(u_n)$ définie pour $n \ge 1$ par $u_n = 5n – 2n^2$.
Étape 1 (Majoration) :
Le terme dominant est $-2n^2$. On cherche à majorer le terme $5n$. On peut par exemple noter que pour $n \ge 5$, on a $n^2 \ge 5n$.
Donc, $5n \le n^2$.
Ainsi, pour $n \ge 5$, on a $u_n = 5n – 2n^2 \le n^2 – 2n^2 = -n^2$.
Notre suite de comparaison est $w_n = -n^2$.
Étape 2 (Limite de la suite simple) :
$\lim_{n \to \infty} w_n = \lim_{n \to \infty} (-n^2) = -\infty$.
Étape 3 (Conclusion) :
Puisque $u_n \le w_n$ (pour $n \ge 5$) et que $w_n \to -\infty$, on conclut par le théorème de comparaison que $\lim_{n \to \infty} u_n = -\infty$.
- Objectif : Le théorème des gendarmes sert à prouver la convergence vers une limite finie. Le théorème de comparaison sert à prouver la divergence vers une limite infinie.
- Nombre de suites : Les gendarmes nécessitent deux suites pour encadrer. La comparaison n’en nécessite qu’une seule pour minorer ou majorer.
- « À partir d’un certain rang » : Cette condition est essentielle. L’inégalité n’a pas besoin d’être vraie pour les premiers termes de la suite, ce qui est souvent utile dans les démonstrations.