Les Cylindres du second degré constituent une classe fondamentale de quadriques dégénérées, caractérisées par l’absence d’un centre unique isolé. Leur étude repose sur l’analyse spectrale des formes quadratiques dans l’espace euclidien $\mathbb{R}^3$.

Définition analytique des Cylindres du second degré

Soit $\mathcal{E}$ un espace affine euclidien de dimension 3 muni d’un repère orthonormé $(O, \vec{i}, \vec{j}, \vec{k})$. Un cylindre du second degré est l’ensemble des points $M(x,y,z)$ vérifiant une équation cartésienne de la forme :

$$ Q(x,y,z) + L(x,y,z) + c = 0 $$

Où $Q$ est une forme quadratique de rang 2 ou 1, et $L$ une forme linéaire. La propriété distinctive réside dans l’existence d’une direction vectorielle non nulle $\vec{u}$ telle que la surface soit invariante par translation de vecteur $\lambda \vec{u}$.

Mathématiquement, si $M \in \mathcal{S}$, alors $M + \lambda \vec{u} \in \mathcal{S}$ pour tout $\lambda \in \mathbb{R}$. Cette droite dirigée par $\vec{u}$ est appelée génératrice du cylindre.

Réduction canonique de l’équation

Par un changement de repère orthonormé adapté aux axes principaux de la forme quadratique, l’équation se simplifie drastiquement. Les variables se séparent entre le plan directeur et la direction asymptotique.

Dans un repère convenable, l’équation réduite d’un cylindre quadrique s’écrit exclusivement en fonction de deux coordonnées :

$$ Ax^2 + By^2 + Dx + Ey + F = 0 $$

La variable $z$ n’apparaît pas explicitement. Cela confirme que la surface est engendrée par la translation d’une conique plane selon l’axe $(Oz)$.

Classification spectrale des Cylindres du second degré

La nature géométrique du cylindre dépend entièrement des valeurs propres de la matrice associée à la partie quadratique $Q$. Notons $\lambda_1$ et $\lambda_2$ ces valeurs propres non nulles.

Nous distinguons trois catégories majeures selon le signe du produit $\lambda_1 \lambda_2$ et le rang de la forme.

Cylindre elliptique

Le cylindre est dit elliptique si les deux valeurs propres non nulles sont de même signe. Après réduction et complétion du carré, l’équation type devient :

$$ \frac{x^2}{a^2} + \frac{y^2}{b^2} = 1 $$

Avec $a, b > 0$. La section par tout plan orthogonal aux génératrices est une ellipse réelle. Si $a=b$, la surface est un cylindre de révolution.

Si le terme constant après réduction est négatif, l’ensemble des solutions est vide (cylindre imaginaire). S’il est nul, la surface se réduit à une droite (l’axe du cylindre).

Cylindre hyperbolique

Le cylindre est hyperbolique lorsque les valeurs propres sont de signes opposés. L’équation réduite canonique s’écrit :

$$ \frac{x^2}{a^2} – \frac{y^2}{b^2} = 1 $$

La section plane est une hyperbole. Cette surface possède deux nappes distinctes séparées par un vide central. Elle admet deux familles de droites génératrices rectilignes distinctes de l’axe principal.

Contrairement au cas elliptique, ce cylindre n’est jamais borné dans aucune direction transversale. Il présente une courbure de Gauss négative ou nulle selon les points.

Cylindre parabolique

Ce cas correspond à une forme quadratique de rang 1. Une seule valeur propre est non nulle. L’équation réduite implique un terme linéaire dans la seconde variable :

$$ y = ax^2 \quad \text{avec } a \neq 0 $$

Ou sous forme développée : $ax^2 – y = 0$. La section directe est une parabole. Cette surface est réglée mais ne possède pas de centre de symétrie ponctuel.

Elle joue un rôle crucial dans l’approximation locale des surfaces courbes près des points paraboliques en géométrie différentielle.

Propriétés géométriques fondamentales

L’étude des Cylindres du second degré met en évidence des propriétés invariantes par isométrie. Ces propriétés découlent directement de leur structure de produit cartésien.

Structure de surface réglée

Tout cylindre quadrique est une surface réglée. Par définition, par tout point $M$ de la surface, il passe une droite entière contenue dans la surface.

Soit $\Gamma$ la conique directrice située dans le plan $\mathcal{P}$. Pour tout $P \in \Gamma$, la droite $\Delta_P = \{ P + t\vec{u} \mid t \in \mathbb{R} \}$ est incluse dans le cylindre $\mathcal{S}$.

On exprime cela par l’égalité ensembliste :

$$ \mathcal{S} = \bigcup_{P \in \Gamma} \Delta_P $$

Cette propriété implique que la courbure de Gauss $K$ est identiquement nulle en tout point régulier de la surface. En effet, une direction principale de courbure est nulle (celle des génératrices).

Théorème de la section plane

Considérons un plan $\Pi$ non parallèle aux génératrices du cylindre. L’intersection $\mathcal{S} \cap \Pi$ est toujours une conique.

Preuve : Soit l’équation du cylindre $f(x,y)=0$ dans un repère où les génératrices sont parallèles à $(Oz)$. Le plan $\Pi$ a pour équation $z = \alpha x + \beta y + \gamma$ (après rotation si nécessaire).

La projection de l’intersection sur le plan $xOy$ conserve l’équation $f(x,y)=0$. La courbe d’intersection est donc affine-équivalente à la conique de base $\Gamma$.

Par conséquent, la nature de la conique section (ellipse, hyperbole, parabole) est identique à celle de la directrice, sauf cas de dégénérescence tangentielle. $\blacksquare$

Exemples concrets et calculs

Illustrons la théorie par des exemples numériques précis. Ces cas permettent de visualiser la réduction d’équations complexes.

Exemple 1 : Réduction d’une forme quadratique mixte

Considérons la surface $\mathcal{S}$ d’équation : $x^2 + 2xy + y^2 – 2x – 2y = 0$.

Identifions la partie quadratique $Q(x,y) = (x+y)^2$. Le rang est 1. Il s’agit potentiellement d’un cylindre parabolique.

Posons le changement de variables orthogonales : $X = \frac{x+y}{\sqrt{2}}$ et $Y = \frac{-x+y}{\sqrt{2}}$. Alors $x+y = X\sqrt{2}$.

L’équation devient : $(X\sqrt{2})^2 – 2(x+y) = 0 \implies 2X^2 – 2(X\sqrt{2}) = 0$.

En simplifiant par 2, nous obtenons : $X^2 – \sqrt{2}X = 0$. Cette équation factorisée donne $X(X-\sqrt{2})=0$.

Ce résultat décrit la réunion de deux plans parallèles ($X=0$ et $X=\sqrt{2}$). C’est un cas dégénéré de cylindre parabolique.

Exemple 2 : Cylindre elliptique décentré

Analysons l’équation : $4x^2 + 9y^2 – 8x + 18y – 23 = 0$.

Regroupons les termes pour compléter les carrés :

$$ 4(x^2 – 2x) + 9(y^2 + 2y) = 23 $$

Ajoutons les constantes nécessaires à l’intérieur des parenthèses :

$$ 4(x^2 – 2x + 1) + 9(y^2 + 2y + 1) = 23 + 4 + 9 $$ $$ 4(x-1)^2 + 9(y+1)^2 = 36 $$

Divisons par 36 pour obtenir la forme canonique :

$$ \frac{(x-1)^2}{9} + \frac{(y+1)^2}{4} = 1 $$

Nous identifions un cylindre elliptique. Son axe est la droite passant par $(1, -1, z)$ parallèle à $(Oz)$. Les demi-axes de l’ellipse directrice valent $a=3$ et $b=2$.

Contre-exemple : Surface non cylindrique

Considérons l’équation $x^2 + y^2 + z^2 = 1$. Toutes les variables apparaissent avec un degré 2.

Le rang de la forme quadratique est 3. Aucune direction vectorielle $\vec{u}$ ne permet d’annuler la variation de l’équation par translation.

Il s’agit d’une sphère, qui est une quadrique à centre unique, et non d’un cylindre. L’absence de variable manquante exclut la structure cylindrique.

Applications en géométrie différentielle

L’étude des Cylindres du second degré dépasse le cadre algébrique. Elle intervient dans la classification des surfaces développables.

Développabilité et courbure de Gauss

Une surface est développable si elle peut être appliquée isométriquement sur un plan. Les cylindres quadriques satisfont cette propriété.

Calculons la courbure de Gauss $K = \kappa_1 \kappa_2$. Pour un cylindre, la courbure normale dans la direction des génératrices est nulle ($\kappa_2 = 0$).

Par conséquent :

$$ K = 0 $$

Ce théorème implique que la géométrie intrinsèque d’un cylindre elliptique est localement identique à celle du plan euclidien. Les géodésiques sur un cylindre correspondent aux droites du plan déroulé.

Géodésiques sur un cylindre de révolution

Sur un cylindre de révolution $x^2 + y^2 = R^2$, les géodésiques sont des hélices circulaires (incluant les cercles horizontaux et les génératrices verticales).

En coordonnées cylindriques $(R, \theta, z)$, l’équation d’une géodésique est linéaire :

$$ z = c_1 \theta + c_2 $$

Cette propriété découle directement du développement isométrique du cylindre sur un plan où les géodésiques deviennent des droites affines.

Conclusion synthétique

Les Cylindres du second degré représentent l’extension naturelle des coniques planes dans l’espace tridimensionnel. Leur classification repose exclusivement sur la signature de leur forme quadratique associée.

Leur nature de surface réglée à courbure nulle en fait des objets privilégiés pour l’ingénierie et l’architecture, permettant des constructions développables simples à partir de profils coniques standards.