Espace de Lobatchevski : Définition et construction rigoureuse
L’Espace de Lobatchevski, noté \(\mathbb{H}^n\), est le prototype de variété riemannienne de courbure sectionnelle constante négative \(-1\). Sa construction repose sur un changement de métrique dans le modèle de la demi-supérieure.
Définition formelle via le modèle de la demi-supérieure
On considère l’ouvert \(\mathbb{H}^n = \{ (x_1, \dots, x_n) \in \mathbb{R}^n \mid x_n > 0 \}\) muni de la métrique riemannienne :
$$ds^2 = \frac{dx_1^2 + \dots + dx_{n-1}^2 + dx_n^2}{x_n^2}$$
Cette expression définit un tenseur métrique \(g_{ij} = \frac{\delta_{ij}}{x_n^2}\) en chaque point.
Modèle de la disque de Poincaré
L’espace est conforme équivalent au disque unité \( \mathbb{D}^n = \{x \in \mathbb{R}^n \mid \|x\| < 1\} \) via la bijection :
$$\phi : \mathbb{D}^n \to \mathbb{H}^n, \quad \phi(x) = \left( \frac{2x_1}{1-\|x\|^2}, \dots, \frac{2x_{n-1}}{1-\|x\|^2}, \frac{1+\|x\|^2}{1-\|x\|^2} \right)$$
La métrique induite est \( ds^2 = \frac{4 \|dx\|^2}{(1-\|x\|^2)^2} \).
Propriétés géodésiques et isométries
Théorème : Existence et unicité des géodésiques
Les géodésiques de \(\mathbb{H}^n\) sont les courbes minimisant localement la longueur. Dans le modèle demi-supérieure, ce sont :
- Les demi-droites perpendiculaires à l’hyperplan \(x_n=0\).
- Les demi-cercles orthogonaux à \(x_n=0\).
Preuve : Calcul des équations géodésiques
Les équations géodésiques \( \frac{d^2x^k}{dt^2} + \Gamma_{ij}^k \frac{dx^i}{dt}\frac{dx^j}{dt} = 0 \) s’obtiennent via les symboles de Christoffel. Pour \(g_{ij} = \delta_{ij}/x_n^2\), on calcule :
$$\Gamma_{ij}^k = \begin{cases}
-\frac{\delta_{ik}}{x_n} & \text{si } j = n \text{ ou } i = n, k \neq n \\
0 & \text{sinon}
\end{cases} \quad \text{pour } k \neq n$$
$$\Gamma_{nn}^n = -\frac{1}{x_n}$$
En résolvant le système pour \(x_n\), on obtient \(x_n(t) = a t + b\) (droite) ou \(x_n(t) = \sqrt{c^2 – (x_1-\alpha)^2}\) (cercle). \(\square\)
Isométries et groupe d’isométries
Le groupe d’isométries de \(\mathbb{H}^n\) est \(O^+(n,1)\) agissant transitivement. Les translations horizontales et les dilatations verticales sont des isométries.
Contre-exemple : Une homothétie euclidienne \(x \mapsto \lambda x\) (\(\lambda \neq 1\)) n’est pas une isométrie car elle altère la métrique conforme.
Métrique et courbure
Formule de la distance dans \(\mathbb{H}^2\)
Pour deux points \(z_1 = x_1 + iy_1\), \(z_2 = x_2 + iy_2\) dans le modèle demi-plan, la distance hyperbolique est :
$$d_{\mathbb{H}}(z_1, z_2) = \operatorname{arcosh}\left(1 + \frac{|z_1 – z_2|^2}{2 y_1 y_2}\right)$$
On peut l’écrire via la norme du vecteur différence dans \(\mathbb{R}^{2,1}\).
Théorème : Courbure sectionnelle constante
La courbure de Riemann de \(\mathbb{H}^n\) vaut \(-1\) en tout point. Cela découle du calcul des coefficients de Ricci :
$$R_{ij} = -(n-1) g_{ij}$$
d’où \( \operatorname{Ric} = -(n-1)g\) et \(K = -1\) par division par \(\frac{n-1}{2}\).
Exemples concrets et applications
Exemple : Calcul de distance entre deux points alignés verticalement
Soient \(A = (0, a)\) et \(B = (0, b)\) dans \(\mathbb{H}^2\) avec \(0
$$d_{\mathbb{H}}(A,B) = \int_a^b \frac{dx_2}{x_2} = \ln\frac{b}{a}$$
Contre-exemple : Non-équivalence des distances euclidienne et hyperbolique
La suite \(x_n = (0, e^n)\) diverge euclidiennement mais reste à distance finie de l’origine \(O=(0,1)\) :
$$d_{\mathbb{H}}(O, x_n) = \ln(e^n) = n \to +\infty$$
Ainsi \(\mathbb{H}^2\) n’est pas complète pour la métrique euclidienne.
Ressources pédagogiques et approfondissement
Pour des cours structurés et des exercices corrigés covering le programme de Licence et Prépa, consultez la plateforme KeepMath. Les textes historiques et les surveys sont disponibles sur CultureMATH.
Synthèse des propriétés distinctives
L’Espace de Lobatchevski diffère fundamentally d’Euclide : la somme des angles d’un triangle est \(<\pi\), les parallèles existent en infinité, et les triangles ont une aire bornée par \(\pi\) (pour \(\mathbb{H}^2\)). Ces propriétés découlent directement de la courbure négative.
