Idéal d’un ensemble algébrique
L’idéal d’un ensemble algébrique est une construction fondamentale en géométrie algébrique, reliant l’algèbre commutative à la géométrie. Il formalise l’ensemble des équations polynomiales vérifiées par tous les points d’une variété.
Définition formelle
Soient $k$ un corps commutatif et $A = k[x_1, \dots, x_n]$ l’algèbre des polynômes à $n$ indéterminées sur $k$. Un ensemble algébrique affine $X \subseteq k^n$ est un ensemble de points défini par l’annulation simultanée d’une famille de polynômes.
L’idéal d’un ensemble algébrique $X$ est l’idéal de $A$ défini par :
Autrement dit, $I(X)$ est l’ensemble de tous les polynômes qui s’annulent en tout point de $X$.
Théorèmes et propriétés fondamentales
L’idéal $I(X)$ possède des propriétés algébriques essentielles.
Théorème 1 (Nullstellensatz faible). Si $k$ est algébriquement clos et $X$ un ensemble algébrique affine non vide, alors $I(X)$ est un idéal radical de $A$.
Théorème 2 (Correspondance de Nullstellensatz). Pour $k$ algébriquement clos, les applications $X \mapsto I(X)$ et $J \mapsto V(J)$ (variété définie par $J$) établissent une bijection inverse entre :
- Les sous-ensembles algébriques de $k^n$,
- Les idéaux radicaux de $A$.
Preuves rigoureuses
Preuve que $I(X)$ est un idéal.
Soient $f, g \in I(X)$ et $h \in A$. Pour tout $P \in X$, on a $(f+g)(P) = f(P)+g(P) = 0+0 = 0$, donc $f+g \in I(X)$. De plus, $(h \cdot f)(P) = h(P) \cdot f(P) = h(P) \cdot 0 = 0$, ainsi $h \cdot f \in I(X)$. Par conséquent, $I(X)$ est un idéal de $A$. $\blacksquare$
Preuve du Nullstellensatz faible (cas algébriquement clos).
Supposons $k$ algébriquement clos. Montrons que si $f \notin I(X)$, alors $\sqrt{I(X)} \neq I(X)$. Par contraposée, supposons $f \in \sqrt{I(X)} \setminus I(X)$. Alors $f^m \in I(X)$ pour un entier $m$, mais $f(P_0) \neq 0$ pour un certain $P_0 \in X$. On a $f^m(P_0) \neq 0$, contradiction. Ainsi $I(X)$ est radical. $\blacksquare$
Exemples et contre-exemples
Exemple 1 : Dans $\mathbb{R}[x,y]$, soit $X = \{(0,0)\}$. Alors $I(X) = (x,y)$ car un polynôme $f$ s’annule en $(0,0)$ iff ses coefficients constant et linéaires sont nuls.
Exemple 2 : Dans $k[x]$, $X = \{a_1, \dots, a_r\}$. Alors $I(X) = ( (x-a_1)\cdots(x-a_r) )$ si $k$ est infini.
Contre-exemple : Si $k = \mathbb{R}$ et $X = \{ (x,y) \mid x^2+y^2=1 \}$, alors $I(X) = (x^2+y^2-1)$ n’est pas radical car $\sqrt{(x^2+y^2-1)} = (x^2+y^2-1)$ dans $\mathbb{R}[x,y]$ (car l’idéal est déjà radical). En revanche, dans $\mathbb{C}[x,y]$, c’est le même idéal et il est radical. Mais attention : l’ensemble réel n’est pas algébrique sur $\mathbb{R}$ au sens strict ? En fait, l’ensemble réel est algébrique, mais le Nullstellensatz nécessite un corps algébriquement clos. Le calcul de l’idéal sur $\mathbb{R}$ donne le même générateur, mais la correspondance bijective n’est valable que sur $\mathbb{C}$.
Applications et étendue du concept
La notion d’idéal d’un ensemble algébrique permet de :
- Classifier les variétés algébriques par leurs idéaux.
- Définir la dimension d’une variété via la hauteur de l’idéal.
- Établir le lien entre propriétés géométriques (comme l’irréductibilité) et propriétés algébriques (idéal premier).
Pour approfondir les exercices sur ces notions, consultez les cours et exercices de mathématiques supérieur, licence et prépa. Les ressources historiques et complémentaires sont disponibles sur CultureMATH.
